Nous vivons dans un isolement qui aurait été inimaginable pour nos ancêtres, et pourtant nous n’avons jamais été plus accessibles” via les technologies de la communication et les médias sociaux, a récemment estimé l’écrivain américain Stephen Marche dans une récente tribune de The Atlantic.

Cette position, qui ne fait que reprendre un topos assez répandu selon lequel la technologie, et Internet tout particulièrement, affaiblirait nos relations sociales, vient d’être réfutée par les travaux d’un sociologue américain de l’université Rutgers, Keith Hampton, qui mettent en évidence le fait que la fréquentation des sites sociaux ne serait pas un frein à notre sociabilité. Bien au contraire, il semblerait que les individus ayant l’habitude de naviguer sur les réseaux sociaux aient tendance à nouer des liens plus étroits avec leurs relations et à être plus impliqués dans des activités civiques et politiques que ceux qui ne les utilisent pas. De plus, s’il est vrai que les études menées sur le sujet montrent que la socialisation en ligne profite avant tout à ceux qui étaient déjà fortement socialisés dans leur “vraie vie”, la vie sociale des individus en situation de solitude se serait également sensiblement améliorée grâce aux réseaux sociaux.
Plus largement, même s’il est indéniable que le passage des conversations en face à face aux conversations médiatisées marque une réelle dégradation dans la qualité des échanges entre individus, l’usage croissant des médias sociaux doit, pour ce chercheur comme pour de plus en plus de ses confrères, être compris comme une tentative désespérée de la part de nos contemporains de répondre à leur besoin pressant de se sentir connectés à d’autres gens, dans un contexte général, qui, lui, est fortement marqué par la montée de l’individualisme. Comme le rappelle très justement un article d‘internetactu reprenant cette controverse, pour la plupart des gens, l’enjeu n’est pas , aujourd’hui, de choisir entre se promener sur la plage de cap Cod et les médias sociaux, mais consiste plutôt à choisir entre télévision et médias sociaux.
Même s’il est plus facile d’accuser la nouveauté que de comprendre l’évolution en cours, Internet ne nous rend pas plus seul que Google ne nous rendait idiot!